La ComEtik veille : Le cadmium dans le chocolat ? Mais pas que …

Par Françoise Besson

Depuis quelques temps, des alertes apparaissent régulièrement autour du cadmium dans le chocolat. Notre attention s’est donc portée sur cette thématique. Or, nos investigations démontrent que le chocolat n’est pas le seul impacté mais que d’autres produits alimentaires courants sont aussi concernés – surtout lorsqu’ils sont cultivés en agriculture conventionnelle.

1 – C’est quoi le cadmium ?

Un métal lourd comme l’arsenic, le plomb ou le nickel qui existe naturellement dans certains sols, l’eau, l’air. Il est libéré par la roche mère lorsqu’elle se dégrade (érosion). On l’utilise dans les batteries, pigments, alliages, revêtements métalliques ou comme stabilisant dans certaines matières plastiques.

Présent naturellement dans les sols, il se retrouve donc dans notre alimentation. Ce phénomène géologique n’explique pas l’explosion récente de l’exposition de la population française au cadmium. En effet, les activités humaines ont largement modifié la teneur des sols.

L’ADEME, suite à des analyses de 2007 effectuées sur des sols cultivés en conventionnel, donne ainsi la répartition de la provenance de ce Cadmium

– 54% engrais minéraux phosphatés

– 25% déjections animales

– 14% retombées atmosphériques

– 5% boues et compost

– 2% amendements calciques et magnésiens

Le problème peut être aggravé par la provenance des phosphates. En effet, la France importe l’essentiel de ses phosphates minéraux du Maroc dont les gisements sont parmi les plus chargés au monde en cadmium. A noter également que le Groupe chimique tunisien qui transforme le phosphate en acide phosphorique, engrais et autres produits destinés à l’Europe rejette directement en Méditerranée d’immenses quantités de déchets chargés en métaux lourds comme le cadmium.

La concentration maximale de cadmium autorisée dans les engrais est de 60mg/kg alors que l’ANSE recommande de descendre à 20mg/kg . La commission européenne propose de fixer ce seuil à 20mg/kg d’ici 2034.

2 – Conséquences sanitaires du cadmium

Le cadmium, peut provoquer des pathologies sévères lorsqu’il s’accumule dans l’organisme car il ne s’élimine pas. Il se fixe dans les reins, le foie, les os. Il favorise l’ostéoporose, les troubles de fertilité et serait à l’origine de la flambée récente des cancers du pancréas.

En 2021, Santé Publique France publiait un état des lieux alarmant: « l’imprégnation au cadmium a doublé entre 2006 et 2014 chez les adultes atteignant des niveaux 3 fois supérieurs à ceux des adultes américains ». Chez les enfants, la situation est très défavorable. En juin 2025, Les Unions Régionales des Professionnels de la Santé alertaient ainsi: « nous assistons à une explosion de la contamination au cadmium des jeunes enfants liée à leur consommation d’aliments de la vie courante tels que les céréales des petits déjeuners, le pain et ses dérivés ainsi que les pommes de terre très appréciées. »

3 – Les produits alimentaires concernés

Le chocolat : la fève de cacao est particulièrement dense en cadmium car les cacaoyers l’absorbent goulûment ! Et oh, mauvaise surprise pour nous, le chocolat bio est globalement le plus impacté car il provient essentiellement d’Amérique Latine où, dans certaines zones de production (Colombie, Équateur, Pérou) les sols d’origine volcanique sont naturellement très riches en cadmium. Cette situation est due au fait que les territoires d’Afrique propices à la culture du cacao, sont historiquement occupés par l’agriculture conventionnelle. Quand on a voulu développer la culture bio du cacao, on s’est tourné vers l’Amérique tropicale dont, malheureusement, les sols peuvent avoir une teneur 4 fois plus élevée en cadmium que ceux d’Afrique tropicale.

Les autres produits impactés : le cadmium se retrouve également bien présent dans les abats, les crustacés, les algues et dans les produits cultivés en conventionnel, particulièrement les céréales, les pommes de terre et les légumes à feuilles. N’oublions donc pas les avantages des labels bio par rapport à la culture conventionnelle qui emploie engrais, pesticides et additifs de synthèse.

4 – Alors, que faire ?

Quelques idées pour se réadapter :

– En Amérique latine, à la demande des petits producteurs pour qui cette culture est vitale (exploitations de 3 à 4 Ha en moyenne), les chercheurs n’ont pas attendu le raout médiatique actuel pour proposer des solutions depuis 2020 : éliminer la production des sols trop chargés en cadmium, améliorer les pratiques culturales et sélectionner des variétés qui absorbent moins de cadmium. A suivre!

– Modérer sa consommation en chocolat et revoir ses habitudes gourmandes sans se priver totalement de cette douceur … Le chocolat savouré à petites doses sera d’autant plus apprécié.

– A Croc’Bauges vous trouvez un excellent chocolat africain que nous vous avions présenté dans le premier numéro de CrocActus (l’article « Camayos, un chocolat vertueux « ) dont la production en bio vient d’une ferme familiale au Cameroun pour être transformée à Chainaz les Frasses. C’est presque un chocolat local !

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