Rencontre avec deux charmants dinosaures de Biobauges

par Mia Marie Olsen

Ce vendredi matin de juillet, je me rends chez Pascaline sur son chantier. Sa maison, qu’elle rénove elle-même, prend déjà bien forme. Matériaux naturels et ambiance chaleureuse ; tout comme elle. Je suis un peu en retard, Coco est déjà là.

Ce sont donc les deux charmants dinosaures de Biobauges qui m’accueillent sur la terrasse au soleil.

L’histoire de la création de Biobauges, on la connaît déjà bien et vous avez peut-être rafraîchit votre mémoire dans le Croc’Actus n°2 (octobre – décembre 2025). Pascaline est là depuis la création et Coco est la première salariée, embauchée fin 2011.

Mais avant les dinosaures, il y a eu le Big Bang. Et avant Biobauges, Pascaline et Coco ont bien eu une autre vie …

Elles ont évolué dans des milieux bien différents du monde des Bisounours des Bauges. Géographiquement parlant, Pascaline n’était pas loin. Née à Lyon, elle a vécue dès son premier anniversaire à Annecy avec ses parents et sa grande-sœur. D’abord en camping à Annecy puis dans deux chambres de bonne qu’ils avaient adaptés pour pouvoir y installer la petite famille. Les années passées dans un immeuble dans la ZUP de Novel-Teppes à Annecy lui ont été fondatrices. C’était un environnement largement interculturel qui lui a appris le vivre ensemble. Ses yeux partent au loin ; le regard vague, elle se souvient : « On avait une liberté de dingue ! La journée, on faisait ce qu’on voulait. En CM2, on allait, depuis chez nous, en vélo jusqu’à la piscine du Marquisat ou au lac. »

Coco, elle, est née à Alger après les Accords d’Évian (1962). Son père était dans l’armée en tant qu’aiguilleur du ciel et sa mère, née au Maroc, administrait une crèche. Alors que sa grande-sœur se souvient encore de la guerre et de la cachette sous l’évier lors des explosions, les souvenirs de la petite-enfance en Algérie sont plus douces pour Coco : le soleil, les odeurs, les épices de ce pays du Couchant… Elle est arrivée en Savoie à 3 ans.

Coco aime à dire qu’elle a un BAC litteraire +2, car après 2 jours d’université, elle taille la route pour se confronter à la vraie vie et travaille alors plusieurs saisons en tant qu’ouvrière agricole dans le conventionnel : « l’agriculteur dans la rangée à coté arrosait ses poires de produits chimiques. On râlait, car on en prenait plein sur nous, mais il s’en fichait. À l’époque il n’avait aucune protection sur lui … »

Après avoir été artisane dans le cuir sur les foires et marchés, Coco passe par un poste de fonctionnaire dans la mairie de son village en Dordogne, avant de revenir en Savoie où elle se forme en tant qu’auxiliaire de vie auprès des personnes âgées, un métier où elle s’épanouit vraiment. Elle aime prendre soin des gens et a un sens aigu du bien commun. Le service au public est une valeur qui lui tient à cœur.

Les deux femmes partagent des valeurs humaines. Toute jeune, Pascaline s’est investie dans un mouvement pour l’éducation populaire. Elle découvre alors son appétence pour l’animation et la gestion de projets et monte une soirée de feux d’artifice financée par la vente de sirops. C’est avec cette expérience qu’elle trouve sa voie. Après un BEP en travaux paysagiste entourée de « mecs », elle bifurque et fait un DUT Carrières Sociales, option Animation Sociale et Socioculturelle. Par l’intermédiaire d’Oxalis, elle se retrouve au refuge des Garins dans les Bauges. Benoît Bonneton d’Oxalis impulse alors le projet Biobauges et Pascaline y adhère tout de suite. Elle participe aussi à la mise en place du LAEP potes en couffins et au Petit Pion. Autant dire que Pascaline, c’est de l’action ! « Ce que j’aime, c’est monter des projets pour ensuite les transmettre et responsabiliser les personnes impliquées pour que le projet continue à vivre sans moi. Même si j’ai du mal à partir de Biobauges ! ».

Au début de l’aventure, les livraisons se faisaient à des endroits différents. Un coup, c’était au gîte des Landagnes, un coup, c’était ailleurs. Les bénévoles mettaient ensuite la marchandise dans des sacs. En 2008, Biobauges s’est transformé en association, a trouvé un local municipal au Châtelard et 105 souscripteurs ont adhéré. C’était un signal fort. Or, au bout de 3 ans, il était évident que cela ne puisse plus être porté uniquement par des bénévoles. C’est là que Coco a rejoint l’aventure en 2011.

« J’avais 5 employeurs à cet époque-là ! Aide à domicile chez des particuliers et avec l’ADMR,   je faisais aussi le ménage dans la boulangerie de Doudou à Jarsy. C’est lui qui m’a mise sur la piste de Biobauges, » explique Coco. Son profil collait bien. Ayant fait les marchés, elle avait déjà « joué à la marchande », comme elle dit en rigolant, « et humainement, on la sentait bien, même si l’on ne se connaissait pas encore. Un coup de cœur », ajoute Pascaline. Au début, il s’agissait d’un contrat de 12h par mois, un bon complément pour elle. Or, à l’ouverture du petit Croc’Bauges au chef lieu, l’association avait besoin de salarié.e.s à 25h/semaine et Coco a dû faire un choix : « je me sentais si bien à Biobauges, il y avait une si belle énergie ! C’était très porteur et j’ai donc choisi de rester dans l’équipage et de quitter l’ADMR « 

Aujourd’hui, ces deux femmes qui ont tant apporté à ce projet se sentent bien à leurs places. Coco est toujours là, aujourd’hui la doyenne salariée de Croc’Bauges. Elle est la bibliothèque de l’historique, la gardienne de l’aventure humaine, veillant à ce que l’affaire ne tourne pas « trop au commerce ». Pascaline, qui s’est lancée en tant que libraire indépendante, se trouve de nouveau à un carrefour : à la Lanterne qui rugit, elle travaille maintenant à se rendre remplaçable. Non pas parce qu’elle veut encore changer ou partir, mais pour que le projet soit viable par lui-même. Toujours dans sa démarche de création, transmission, responsabilisation puis envol.

« On aime là où on est !», me disent-elles. Coco ajoute : « Si Croc’Bauges n’existait pas…il faudrait l’inventer ! » 

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